Enfant mordeur

Pour se défendre ou se défouler, votre enfant a une fâcheuse tendance à montrer les crocs… Même si les morsures sont fréquentes à son âge, il est important de ne pas le laisser faire.

Une chamaillerie, des cris puis des pleurs... Et voilà un petit copain de jeu qui retourne vers ses parents les yeux pleins de larmes, après avoir été mordu. Quant au croqueur, c’est... votre enfant ! Fâchée et gênée, vous ne savez pas trop comment réagir.

Il craque donc il croque
Lorsque des enfants jouent ensemble, il peut arriver qu’une bagarre pour un jouet se solde par une morsure. Celle-ci intervient généralement après le déploiement gradué de toute une panoplie de défense : gestes d’intimidation, jets d’objets, tirage de cheveux... La morsure est utilisée comme un dernier recours. Isolé, l’incident est gênant pour vous et douloureux pour la petite victime, mais surtout n’en faites pas un drame, car il n’a vraiment rien d’inquiétant. En revanche, commencez franchement à vous poser des questions lorsque votre enfant a vraiment la dent dure et qu’il croque à la moindre contrariété et pas simplement son copain, mais vos proches ou vous-même.

Pourquoi mord-il ?
• Si votre enfant mord tous azimuts, c’est qu’il n’arrive pas à s’exprimer et à se faire comprendre, cela l’angoisse, il devient agressif... Cette attitude s’accompagne parfois d’autres difficultés en matière de motricité, de propreté, d’accès au langage.
• Il peut arriver aussi que la séparation avec vous au moment du sevrage ait mal été négociée. Il est possible également que des ruptures aient eu lieu dans son entourage et qu’elles l’aient perturbé. Parlez-en avec votre pédiatre, il vous aidera à y voir clair... Quoi qu’il en soit, la morsure est un phénomène transitoire qui a tendance à disparaître, notamment dès que l’enfant a acquis une meilleure maîtrise du langage.

Comment réagir ?
Ne le traitez pas de méchant. Tout le monde plaint le mordu et regarde d’un sale œil le mordeur. Pourtant, ce dernier est également à plaindre : il sent bien qu’il a commis un acte répréhensible, mais
il n’en comprend pas exactement les tenants et les aboutissants. Le traiter de méchant ne ferait que l’enfermer dans son acte.
Ne le punissez pas, cela n’empêcherait pas la récidive, bien au contraire. Mieux vaut profiter de l’occasion pour livrer à votre enfant les clés de la vie en collectivité à un moment où il va entamer sa phase de socialisation. Pourquoi ne pas lui dire, par exemple : « Tu peux jouer avec d’autres à condition de ne pas mordre. Quand on grandit, on ne mord plus. Et si tu n’es pas content ou si tu as besoin de quelque chose, demande-le ! »
Rappelez-lui qu’il ne doit pas faire de mal aux autres. Pour marquer le coup (c’est le cas de le dire !), encouragez-le à accomplir un geste envers l’autre enfant : lui faire un bisou, ou donner une caresse sur la morsure. Initiez-le à l’art du compromis en lui disant, par exemple, « Si tu prêtes ta petite voiture à ton copain Thomas, lui te prêtera peut-être son seau... » L’essentiel est que votre enfant comprenne que, pour accéder à ce qu’il veut, il ne doit pas passer sur le dos des autres et ignorer leurs désirs.

De la morsure... au baiser
Ne croyez pas que votre enfant soit trop jeune pour comprendre cela. Il a saisi très tôt qu’il devait maîtriser sa mâchoire ! Un exemple ? Le nourrisson qui mordille un peu fort le sein de sa mère se rend bien compte que ça lui fait mal ! Votre enfant découvrira aussi très vite que la bouche ne sert pas seulement à manger ou à « dévorer » l’autre. La plus belle métamorphose de la morsure est sans doute le baiser, qui n’est plus un geste de possession, mais de don et d’amour.

par Gilles Donada avec Philippe Scialom, psychologue, psychanalyste.

Illustration : Agathe Henning.



17/03/2008
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 2 autres membres